Vincent Reynouard à propos du 1er tour de l’élection présidentielle française
Le 22 avril, 22 h
Le résultat à 21 h de l’élection présidentielle m’inspire trois remarques :
1°) Environ huit électeurs sur dix ont voté, ce qui démontre une forte mobilisation du peuple.
2°) Avec un résultat proche de 18 %, Marine Le Pen rassemble 14,5 % du corps électoral. Je rappelle qu’en 2002, Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret avaient rassemblé 19,2 % des voix, soit ― avec une abstention de 21,6 % ― 15 % du corps électoral. Il n’y a donc pas eu de « poussée du FN ». Ce fait consacre l’échec de la stratégie de « dédiabolisation » choisie par Marine Le Pen. Je l’avais prévu mais je n’en tire aucune fierté, car c’était parfaitement prévisible. Pourquoi ? La réponse constitue ma troisième remarque.
3°) Les candidats du Système (F. Hollande, N. Sarkozy, F. Bayrou, E. Joly, N. Dupont-Aignan, J. Cheminade) ont rassemblé près de 70 % des suffrages, soit environ 55 % du corps électoral. Ce fait confirme qu’une majorité confortable des Français reste fidèle au Système, même si elle se plaint de ses nombreux dysfonctionnements. Les thèses invoquant l’existence d’une « majorité silencieuse » ou d’une différence entre « pays légal » et « pays réel » se trouvent une nouvelle fois contredites. Il y a bientôt 50 ans, l’universitaire Alain Girard déclarait :
« Aucun gouvernement, mais surtout aucun mode de vie, régissant les relations entre les hommes, ne peut avoir quelque durée, sans l’accord tacite, sinon explicite, de tous ou du plus grand nombre. La vie normale d’une société suppose le consentement de ses membres aux valeurs qui la supportent et la définissent.
« Il n’est pas besoin que les hommes soient conscients de ces valeurs, car elles s’expriment dans leurs conduites. Il n’est pas besoin que l’opinion publique, fondement du pouvoir, se manifeste pour être. Ce qu’elle a de plus profond et d’essentiel, pourrait-on dire sans nul paradoxe, demeure le plus souvent caché » (voy. A. Girard, « Structures sociales et structures de l’opinion », in L’opinion publique (éd. Chronique sociale de France, 1966), p. 130).
Je l’ai dit et je le répète : la faute première ne revient ni aux francs-maçons, ni aux gauchistes, ni aux féministes, ni à je-ne-sais-qui encore… Elle revient au peuple français lui-même et aux idées fausses auxquelles il adhère en toute connaissance de cause, parce qu’elles lui permettent de jouir sans aucun souci du Bien commun. Tant qu’aucune crise très grave ne frappera notre pays, nos concitoyens refuseront de remettre en question les certitudes hédonistes et, en conséquence, rien ne changera. C’est assez désespérant, je l’avoue, mais c’est la vérité.



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